Les langues des familles au service de l’apprentissage de la langue française à l’école Mac Mahon à Nancy
Le 12 mars 2026, la classe de PS/MS de Clara Aichoune-Nicolle a ouvert ses portes pour une séance d’éveil aux langues à partir des langues parlées dans les familles. Ce projet est également mené dans l’autre classe de l’école par sa collègue Émilie Henry. Il illustre concrètement comment l’école maternelle peut devenir un espace de valorisation du plurilinguisme et d’ouverture à l’altérité.
Dans cette classe de 15 élèves, plusieurs langues sont présentes comme l’arabe, l’italien, le russe, l’espagnol et bien d’autres langues. L’objectif n’est pas d’enseigner ces langues mais de les rendre visibles et audibles dans la classe, en permettant aux élèves de les entendre, de les comparer et d’en parler.
Le projet repose sur les langues déclarées par les familles, sans assignation. Il s’agit d’une invitation à partager. Les élèves s’éveillent doucement à la diversité linguistique et culturelle : les élèves comprennent qu’un élève français peut ainsi parler d’autres langues à la maison. Le français demeure la langue de scolarisation commune à tous les élèves.

Des mots qui voyagent entre les langues
La séance s’appuie sur la connaissance qu’ont les élèves de l’album Le Machin, étudié en classe avec la démarche Narramus de Sylvie Cèbe et Roland Goigoux. Grâce à un tableau bavard, les élèves écoutent certains mots du récit, comme alligator ou éléphant, dans plusieurs langues.
Ils sont invités à écouter, répéter et comparer : certains mots se ressemblent, d’autres sont très différents. Les enfants remarquent par exemple que le début du mot peut être proche dans plusieurs langues, tandis que la fin change.
Ces activités développent l’écoute, la discrimination auditive et la curiosité linguistique, dans un cadre ludique et sans attente de « bonne réponse ».
Comparer les langues
Un dispositif original attire particulièrement l’attention : les « cibles de langues ».
Les différentes langues sont placées sur une cible selon leur proximité avec le mot français : au centre lorsqu’elles se ressemblent beaucoup, plus loin lorsqu’elles sont différentes.
Ce jeu de classement permet aux élèves de visualiser les relations de proximité entre langues et de comprendre que ces ressemblances peuvent varier selon les mots.

Les parents comme partenaires du projet
La force de ce projet réside dans le partenariat instauré avec les parents. Les parents enregistrent l’histoire dans leur langue à la maison, et les élèves peuvent ensuite écouter ces versions en classe ou chez eux, les enregistrements étant accessibles via le Bookinou de l’école ou sur le blog de l’école.
Les familles sont ainsi reconnues comme expertes des langues qu’elles parlent et comme partenaires dans la construction des apprentissages. Les parents sont invités à partager leur langue et peuvent également venir en classe lire l’histoire dans la langue de leur famille. Cette démarche contribue à renforcer le lien entre l’école et les familles, y compris avec celles qui se sentent parfois plus éloignées de l’institution scolaire.
Un projet inscrit dans la durée
Le projet se déploie sur toute l’année scolaire. Une nouvelle langue est mise à l’honneur environ tous les quinze jours, ce qui permet de maintenir l’intérêt des élèves et d’impliquer progressivement les familles. Ce rythme régulier soutient l’engagement des enfants et la participation des parents.
Faire vivre le plurilinguisme dès l’école maternelle
Cette séance montre qu’il est possible, dès la petite et moyenne section, de sensibiliser les élèves à la diversité linguistique et à l’altérité sans complexifier les apprentissages.
En s’appuyant sur une histoire familière, sur des activités d’écoute et de comparaison, et sur la participation des familles, la classe devient un lieu où les langues circulent et se rencontrent.
Dans un contexte international particulier et des débats parfois vifs autour des identités, des migrations et des langues, cette démarche prend également une résonance particulière. Reconnaître les langues des familles, les rendre audibles et légitimes dans la classe, c’est aussi agir concrètement contre les hiérarchies implicites entre les langues et contre les préjugés qui peuvent s’y associer. L’école a ici un rôle essentiel : celui de construire très tôt chez les enfants l’idée que toutes les langues ont une valeur et que leurs locuteurs méritent le même respect. Donner une place aux langues familiales, c’est donc aussi contribuer à prévenir les stéréotypes, les discriminations et les formes ordinaires de racisme. Grâce à Mme Henry et Mme Aichoune-Nicolle, l’école Mac Mahon peut ainsi constituer un lieu privilégié pour faire l’expérience concrète de la diversité et de la rencontre entre les langues et leurs locuteurs. Merci!

