Booktubes et Vlogs au service des apprentissages BILAN

Booktubes et Vlogs au service des apprentissages BILAN

« Booktube » et  « vlog » : deux productions numériques pour donner du sens aux apprentissages et apprendre aux élèves à se construire.

 

Responsable du projet : José Pereira, enseignant de français joseluispereira14@gmail.com

  • Description de l’action

Mettre des supports numériques au service des apprentissages pour faire progresser les élèves et les aider à se construire. C’est dans cette perspective que des « booktubes » et des « vlogs » ont été réalisés par des élèves de troisième. Un « booktube » est un néologisme formé de « book » et « youtube ». Il s’agit d’une critique de livre sous forme vidéo à la manière des productions numériques réalisées sur « youtube ». Créer des « booktubes » est un moyen attractif de faire lire les élèves et de développer des compétences utiles à la formulation claire et convaincante d’un jugement personnel.

En prolongement de ce projet, les élèves ont réalisé des « vlogs ». Ce dispositif numérique est la contraction de « vidéo » et de « blog ». C’est une courte vidéo dans laquelle on se met en scène pour raconter un souvenir ou pour présenter une activité. La production des « vlogs » s’inscrit dans une réflexion collective sur la représentation de soi et comme pour l’élaboration des « booktubes », elle requiert la maîtrise de ressources argumentatives visant la persuasion et la conviction.

En prenant appui sur la vidéo, un média numérique que les élèves connaissent en partie grâce à l’utilisation de leur smartphone ou à la fréquentation de réseaux sociaux, cette action pédagogique innovante s’inscrit dans une dynamique de projet et de confiance dans laquelle l’enseignant adopte une posture de savoir « socratique » (François Taddei). Il se fonde sur la motivation des élèves et sur leurs savoirs en matière de numérique pour les guider dans l’acquisition des compétences du socle commun. L’outil numérique s’inscrit, dans ce contexte, à la fois dans une démarche visant à donner du sens aux apprentissages et dans une réflexion sur l’altérité et la représentation de soi.

Ainsi ces créations numériques participent-elles à la formation de la personnalité et du citoyen en favorisant l’expression d’une autonomie de pensée et la pratique raisonnée et responsable des réseaux sociaux.

  •  Contexte

 Le manque de lecture et les difficultés d’expression orale dans la formulation et la capacité à émettre un avis personnel visant à convaincre ou à persuader un interlocuteur chez certains élèves d’une classe de troisième ont été à l’origine de la création des « booktubes » et des « vlogs ». Il s’agit à travers ces supports numériques originaux et attractifs de motiver les élèves, de les rendre actifs dans leur travail et de leur montrer de manière concrète les directions à prendre pour progresser.

  •  Objectifs

Les objectifs de ces productions numériques : acquérir les compétences du socle commun en matière de lecture, d’écriture, d’oral et de fonctionnement de la langue dans ses relations à l’écrit et à l’oral. De manière corrélative, ces objectifs développés s’inscrivent dans la maîtrise des compétences liées aux différents « Parcours » d’éducation (« Parcours d’Education Artistique et Culturel » / « Parcours Avenir » / « Parcours Citoyen »). Tous ces objectifs participent à l’acquisition de l’autonomie de l’élève dans l’expression et la justification de sa propre pensée et favorisent une pratique raisonnée et responsable des médias numériques et des réseaux sociaux.

  • Démarches choisies

 Ces deux productions numériques ont été élaborées successivement. Dans le cadre d’un concours de lecture, les élèves ont, d’abord, réalisé des « booktubes ». Chaque élève de la classe a dû lire cinq livres et le booktube a été un moyen de présenter ces livres et de donner envie de les lire. En prolongement de cette activité et en lien avec le thème des nouveaux programmes de français au collège « se raconter, se représenter », les élèves ont créé des « vlogs ». Il s’est agi pour eux de se mettre en scène, de présenter sous forme vidéo une expérience vécue et appréciée et de la défendre en développant un raisonnement argumentatif.

Pour mettre en œuvre ces productions numériques, il a fallu déterminer avec les élèves des règles, souples pour ne pas limiter leur liberté de création mais normatives afin de préserver les mêmes conditions de travail pour chacun.  Le « booktube » et le « vlog » se composent formellement de manière quasi-identique. Ils sont formés de deux parties : une partie présentation (pour le « booktube », il s’agit de la présentation du livre avec son résumé et pour le « vlog » de la présentation de l’expérience ou de l’activité vécue) et une partie argumentative. Dès lors, les modalités de mise en œuvre sont communes aux deux projets. Ainsi, on définit avec eux le temps de la vidéo (4 minutes maximum), le contenu de la production (résumé, avis et lecture d’un extrait du livre qui fait sens pour le « booktube » ; présentation de l’expérience vécue et partie argumentative pour le « vlog »), le nombre d’élèves par production (de 1 à 3), le cadre libre dans lequel est prise la vidéo, le format (mp4) et le support (clé USB). Les élèves ont réalisé leurs créations en dehors des heures de cours et, pour ce faire, n’ont pas eu besoin de recourir à des objets technologiques particuliers, l’utilisation de leur smartphone a souvent été suffisante. Des critères de réussite ont été déterminés et affinés avec les élèves lorsqu’ils ont présenté les premiers jets de leur vidéo à la classe. Cette présentation en classe entière a été l’occasion de développer chez chacun d’eux des compétences d’auto-évaluation et d’inscrire ce projet dans une dimension réflexive collective.

Bien plus, ces productions numériques, permettant aux élèves d’être responsables de leurs apprentissages, ont développé non seulement des compétences inhérentes à la maîtrise de la langue mais des compétences interdisciplinaires nécessaires à la formation de la personnalité et à l’acquisition de l’autonomie.

 Voici deux exemples de « booktubes »

  • « Booktube » n°1


Critique Coeur de cailloux par Pasilorraine

http://www.dailymotion.com/video/x4ij155_critique-coeur-de-cailloux_school

  • « Booktube » n°2


U4 Stessie Malik par Pasilorraine
http://www.dailymotion.com/video/x4iizc0_u4-stessie-malik_school

Voici trois exemples de « vlogs »

  • « Vlog » n°1


Vlog 1 collège de Rémilly par Pasilorraine
https://www.dropbox.com/s/8uck0tnsoa84ypn/Vlog%20Laura%20COLLEONY.mp4?dl=0

  • « Vlog » n°2


Vlog 2 collège Rémilly 2017 par Pasilorraine
https://www.dropbox.com/s/o0td0ghpjjle1jm/Vlog%20Benjamin%20Quentin%20avec%20outro.mp4?dl=0

  • « Vlog » n°3


Vlog 3 collège Rémilly 2017 par Pasilorraine
https://www.dropbox.com/s/gtceaw32f6r0trm/Vlog%20Aurélie%20Kran.mp4?dl=0

  • Regards sur l’action

Les élèves ont manifesté beaucoup d’intérêt et de motivation pour réaliser ces productions numériques, surtout ceux qui éprouvent des difficultés d’expression écrite et orale. Cela a été un moyen pour eux de progresser dans ce domaine grâce à un nouveau moyen d’expression. Chaque élève a réalisé au moins « un booktube » et un « vlog » (certains en ont fait plusieurs), seul ou en groupe. Ce travail, en plus de générer de l’entraide entre pairs, a permis aux élèves de parler de leurs expériences et de défendre un point de vue sur une activité qu’ils connaissent et qu’ils apprécient. C’est en ce sens que ce dispositif numérique participe à donner du sens aux apprentissages.

Certains élèves ont utilisé des ressources étonnantes comme l’emploi de drones ou de caméras frontales pour rendre compte de différents points de vue significatifs.

  • Evaluation de l’action

L’évaluation positive de cette action se mesure à la fois par le rayonnement qu’elle procure au sein de l’établissement auprès de tous les enseignants qui voient dans ce format numérique l’occasion de développer des compétences propres à leur discipline et auprès d’autres élèves de l’établissement qui ont manifesté le souhait de réaliser le même projet.

  • Perspectives et diffusion

Cette expérience pédagogique vise à rendre les élèves responsables de leurs apprentissages et à créer chez eux un processus de motivation. En ce sens, la socialisation des « booktubes » et des « vlogs » avec la mise en ligne sur PLACE et avec la création d’un concours interne à l’établissement constitue un motif de travail et de réussite supplémentaire.

Ce format numérique est transférable à chaque niveau de classe et à toutes les disciplines. La socialisation autour de cette démarche didactique et pédagogique favorise la valorisation du travail des élèves et les rend sensibles aux compétences du socle commun nécessaires à leur construction, à leur ouverture sur le monde et à leur autonomie.

En outre, ce projet vise à redéfinir la position de l’enseignant et à privilégier une pédagogie horizontale.  Dans ce contexte, la posture de l’enseignant face au numérique doit être repensée : il doit faire confiance aux élèves et donner du sens à ce qu’ils apprennent. Comme le précise François Taddei , directeur du CRI (Centre de Recherches Interdisciplinaires) dans Apprendre à enseigner à l’ère du numérique, l’enseignant doit « guider les esprits plutôt que les modeler ». L’œuvre de Yann Algan et Pierre Cahuc La Société de la défiance partage la même démarche philosophique et pédagogique.

Enfin, les connaissances et les compétences liées à la réalisation de ces productions convergent vers un objectif primordial et en rapport direct avec toute action éducative, l’ouverture aux autres à travers la finalisation d’un travail donné en partage. Il s’agit, dans cette continuité, de placer l’élève au centre d’un projet éducatif lui permettant d’établir son propre sens critique, de se construire et de trouver dans toute forme de communication qu’elle soit verbale, artistique ou numérique une ouverture sur le monde qui justifie l’existence de son expression. C’est dans cette perspective innovante et essentielle que doit s’inscrire tout acte pédagogique.

José Pereira, janvier 2017